1ère notion: le vivant (notion S)

Publié le par Bartholomeus

             Le vivant

Introduction


            Si l’étude des mécanismes du vivant découle plus logiquement de la biologie, la réflexion trouve également son intérêt pour le vivant. En effet, l’étude du vivant est en ceci particulière que dans son cadre, l’homme qui étudie est non seulement l’expérimentateur, mais également l’expérimenté, puisque l’objet de son étude le définit également lui-même.

Dès lors, l’étude philosophique du vivant se portera forcément sur les implications des recherches sur le vivant pour l’homme. Ainsi, c’est notamment dans l’étude de la naissance de la biologie, en tant que discipline étudiant le vivant que nous pourrons trouver une première source de réponse quant au rapport de l’homme au vivant.

Si la biologie apporte une réponse d’un point de vue historique quand nous observons son évolution, c’est face aux nouvelles considérations scientifiques sur le vivant que la philosophie trouvera sa véritable utilité, en posant notamment le problème de l’éthique qui peut en découler.

Notre conception du vivant modifie-t-elle notre conception de l’homme ?

Pour répondre à cette question, nous verrons dans un premier temps l’évolution de la conception sur le vivant, tant dans son explication ponctuelle du phénomène (c’est-à-dire dans l’explication du phénomène de la vie chez un individu) que dans son explication trans-générationnelle, c’est-à-dire dans les rapports des espèces les unes avec les autres. Enfin, nous verrons comment notre vision sur le vivant modifie notre conception du devoir sur ce vivant.

 

I)Le vivant, d’Aristote à Huxley


Antiquité : Aristote

Renaissance : Harvey (+ Vésale, Vinci)

Moderne : Lamarck, Huxley

Contemporain : la biologie et génétique

 


            A)Les conceptions antiques du vivant


Aristote


Le problème posé
 : comment expliquer la spécificité du vivant ?

 

Réponse de son époque : peu importe, seul compte le fait de conserver cette spécificité. L’étude du vivant se borne à l’étude des vivants, la médecine.

Or, la médecine remarque que les désordres dans le corps sont à l’origine des maladies.

L’étiologie médicale (étude des causes), se résume donc à rechercher le désordre corporel et à y mettre fin (traitement des symptômes plus que de la maladie qui en est la cause).

L’hystérie : étiologie = inflammation de l’utérus 

Problème
 : Comment expliquer alors cette organisation valable qui fournit le vivant ? Si un désordre nous ramène à la mort (au non-vivant), quel est le principe organisateur ?

Réponse aristotélicienne : il faut un agent non-matériel pour expliquer l’organisation matérielle : la forme.

Couple forme et matière, la matière n’existant pas en dehors de la forme, tandis la forme peut être appréhendée seule, par l’intellect notamment.

La matière est ce qui compose chaque être.

La forme est ce qui organise chaque être.

La spécificité du vivant n’est pas dans la détention d’une forme (le non-vivant est également un couple matière/forme), mais dans la capacité d’évolution de cette forme, d’une forme inachevé vers une forme accompli en acte (couple puissance/acte), capacité appelée anima (ce qui anime, ce qui fait devenir autre).

 

Définition du vivant : objet capable de nutrition, d’évolution, réparation et procréation (c’est-à-dire qui en possède la puissance, pas forcément la capacité).

 

La spécificité du vivant se trouve donc la possession d’une anima, comme principe organisateur. L’homme, possède en plus l’animus, comme principe de compréhension et de classement (plus ou moins équivalent à l’intellect).

1ère conception vitaliste : ne se borne pas à voir dans le vivant une organisation particulière, mais également un principe organisateur, l’âme (3 types d’âme chez Aristote).

 

Conclusion et conséquences : puisque l’âme est le principe d’organisation et qu’il existe plusieurs capacités d’âme, la biologie ne consistera pendant plusieurs siècles qu’en un travail de classement des espèces en fonction de leur âme (création de la zoologie, botanique, anthropologie).

 

Problème de cette conception : Quelle est la place de l’embryon ? (réunion matière/forme, mais encore immature et donc encore non-humain en acte).

Question éthique : a-t-on le droit de pratiquer des expériences sur ces embryons (identité de l’embryon humain et animal jusqu’à un certain nombre de divisions cellulaires).

14ème jour ap. fécondation = apparition des premiers éléments de système nerveux. (début de la différenciation en homme).

Un homme est-il un homme à partir du stade pré-embryonnaire ? (apparition des premiers éléments nerveux)

A partir de la conception ? (stade de la personne, comme dans la conception religieuse)

A partir du moment qu’il s’agit d’une personne potentielle ?

La réponse aristotélicienne semble aller dans ce sens, mais faut-il alors décider de cette embryon en fonction de ce qu’il est en acte ou de ce qu’il deviendra en puissance ?

 

            B)Le renouveau de la renaissance

Harvey


Problème posé :
Comment expliquer le fonctionnement interne du corps.

 

Réponse de l’époque : réponse aristotélicienne. Le corps est un microcosme (non-observable) qui agit comme le macrocosme (observable), ce qui fait que « le cœur est au corps ce que le soleil est au cosmos »). L’idée dominante à l’époque est donc que le sang part vers les organes et les nourrit de sa substance (absence de retour du sang au cœur). La flux sanguin est donc unilatéral (rayonnement).

 

Problème : Comment expliquer alors qu’une perte de sang locale entraîne une mort générale ?

Si la théorie vitaliste d’Aristote est juste, alors un désordre locale devrait avoir des conséquences locales et ne pas toucher le reste de l’organisme (comme pour le macrocosme, si une planète disparaît, cela ne remet pas en cause l’existence du système solaire.

 

Réponse d’Harvey : Au départ, stricte adhésion aux thèses d’Aristote.

Puis voyage à Cordoue, et découverte des travaux d’Ibn Al Nafis (découverte de 2 trajets sanguins autonomes et surtout indépendants, pas de mélange possible entre ces 2 sangs)

De plus, il découvre l’hypothèse d’un lien entre la contraction du cœur et le mouvement sanguin.

Expérience d’Harvey : Il va prendre différents cœurs humains et en mesurer la contenance (plus ou moins 30g). Il mesurera également le nombre de battement du cœur (entre 70 et 80 battements/minute), ce qui fait qu’en 1 minute, le corps a expulsé entre 2.1kgs et2.4kgs vers le reste du corps (sang qui sera assimilé par le reste du corps d’après la théorie aristotélicienne).

Ce qui fait que sur une journée, le cœur a produit entre 3024kgs et 3456kgs de sang.

Une production aussi élevé de matière semble impossible, puisque à partir de quoi pourrait provenir ces 3t de sang. Si l’on s’en tient à l’hypothèse aristotélicienne, c’est par ré-agencement de matière dans une nouvelle forme qu’est créé le sang, si bien que l’homme, pour survivre, devrait ingérer plus de 3t de nourriture par jour pour satisfaire ses besoins en sang.

Puisque cela est impossible, le sang n’est donc pas ingéré par les membres périphériques, mais il fait un aller-retour entre le cœur et ces membres.

Découverte de 2 circuits sanguins différents : un trajet aller et un trajet de retour.

 

Conclusion et conséquences : si le sang n’est pas utilisé par les organes périphériques, c’est donc que le trajet sanguin doit avoir une autre utilité. Le système d’Harvey remet donc en cause l’ensemble du système physiologique de son époque.

Le vivant n’est donc plus une anima qui se transmet à l’ensemble de la matière au moyen du sang, mais une plomberie particulière dont il faut découvrir les règles et l’utilité.

D’un point de vue général, la renaissance, au travers d’Harvey, de Léonard de Vinci (dissection de cadavres pour observer l’organisation interne du corps) et de Vésale (dissection, mais cette fois-ci publique)

 

Léonard de Vinci


Il s’est intéressé à l’étude du corps humain pour améliorer son travail en tant qu’artiste (recherche du réalisme). Lors de ses dissections, qui se devront d’être discrète pour éviter d’attirer l’attention de l’inquisition, il dressera une cartographie très précise de l’intérieur du corps humain, tel le plan de l’une de ses inventions. Ses observations l’amèneront à des hypothèses assez proches de celle d’Harvey et Vésale, c’est-à-dire la réduction du corps humain à une machinerie complexe dont il faut comprendre les rouages.

Idée d’une exploration du corps humain comme on explore une terre inconnue.

Ses schémas sur le vivant forment une carte en 3 dimensions (De Vinci dessine les mêmes régions du corps selon différents angles) et révèlent la pensée profonde qui habite son étude du vivant : le corps est une machine dont il faut comprendre le fonctionnement.

Ainsi son étude du fonctionnement de l’œil est remarquable.

 

Expérience d’optique : De Vinci prit une œil qu’il plaça dans du blanc d’œuf, et fit ensuite chauffer jusqu’à ébullition. Une fois arrivé à ce point, l’œil est devenu dur et peut donc être coupé en 2. Une fois l’œil coupé, De Vinci représenta l’ensemble de son contenu sous forme de schémas, montrant par là-même le rôle des différents éléments (cristallins, cornée, etc.) et expliquant le rôle de l’image rétinienne dans la transmission nerveuse de la vue.

 

Tous ces auteurs révèlent un tournant dans l’étude du vivant : la nécessité de recourir à l’expérience et de concevoir le vivant comme une simple machine dont on peut étudier le fonctionnement de manière autonome.

 

 

            C)Le début de la biologie moderne

Jean-Baptiste Lamarck


Problème :
si le vivant se distingue par une certaine forme, alors pourquoi l’étude des vivants passent-elles par des disciplines différentes ?

 

Contexte historique : Le problème du vivant est toujours un problème de classification et pas encore un problème de compréhension. Si l’homme est étudié de manière plus approfondie, c’est dans un but évidemment pratique, celui de pouvoir le maintenir en vie. Outre cette recherche spécifique à l’homme, animaux et végétaux sont quant à eux parquer dans une étude des rapports qu’ils possèdent avec les autres membres de leur catégorie (dans le but de les classifier donc, mais également d’étudier leur comportement)

 

Réponse de Lamarck : Lamarck sera le premier à dépasser les clivages existants entre les différentes disciplines (zoologie, botanique et médecine), pour créer une discipline basée sur le point commun entre ces différentes matières : la biologie, qui sera l’étude des mécanismes de la vie et du vivant.

Si le terme ne vient pas de Lamarck, il sera le premier à en généraliser l’emploi.

La conception de Lamarck n’amène pas réellement pas de nouvelles conceptions sur le vivant, elle essaie simplement de concilier en un tout cohérent les nouvelles conceptions sur le vivant.

Il ne s’agit donc pas tant de montrer une explication du vivant chez Lamarck que d’en montrer la cohérence.

Par-là, son entreprise s’oppose à la théorie dominante de l’époque, la théorie de Cuvier (théorie fixiste), qui pense que la science doit se contenter de faire l’inventaire de ce qu’elle voit et peut expérimenter, sans chercher à extrapoler à partir de ces données.

 

Conclusion et conséquences : la réduction des différents domaines sur les vivants à une discipline du vivant, les théories de Lamarck ont permis la mise en avant d’un nouvel objet, qui restait jusque là hors du domaine de la science : la vie.

En effet, avant Lamarck, les sciences s’intéressaient aux vivants, mais jamais au phénomène de la vie en général (au mieux, on s’intéressait aux mécanismes qui permettaient de conserver le vivant, sans chercher à en comprendre la logique, mais juste en reproduisant la bonne marche de l’ensemble).

De plus, les théories transformistes de Lamarck ont permis à la science de se séparer des explications religieuses, en fournissant une autonomie au vivant.

 

Problèmes des conceptions de Lamarck : Si le vivant est un phénomène général, équivalent chez l’homme et chez l’animal, voir même chez le végétal. Dès lors, doit-on étendre la bioéthique à l’ensemble des vivants ? Faut-il, après les droit de l’animal et de l’animal (encore non-reconnus en règle générale), envisager un droit du vivant ?

De plus, si on peut définir facilement ce qu’est un vivant, qu’est-ce que la vie ? Si on veut fonder une science sur cet objet, encore faut-il pouvoir le définir.

 

Huxley


Contexte historique :
Les théories du vivant, au 19ème siècle, sont partagées entre les fixistes d’une part (créationnistes et catastrophistes) et transformistes. Le problème est donc de savoir si la diversité des espèces était présente dès l’origine, ou si au contraire, les espèces s’étaient diversifiées au cours du temps.

 

Réponse de Huxley : Après avoir été un partisan du fixisme, Huxley, en rencontrant Darwin, va se convertir au transformisme (devenant du même coup « le bouledogue de Darwin », à cause de sa compétence et de sa pugnacité lors des joutes oratoires). Son principal ajout au thèse de Darwin (à tel point important qu’il finit par être assimiler aux théories de Darwin), fût la mise en avant de la parenté de l’homme avec les chimpanzés (non pas comme ancêtres de l’homme, mais comme proche parent).

 

Conclusion et conséquences : En replaçant l’homme dans le cadre d’une évolution naturelle, les théories évolutionnistes placent le vivant au stade d’une mécanique qui possède ses propres règles, et finissent de l’éloigner de son origine divine. (passage du vitalisme au mécanisme)

De plus, cette conception ouvre la voie à de nouvelles connaissances sur le vivant (principe de mutation de l’ADN, de différenciation entre les espèces, etc.), mais ouvre également de nouveaux problèmes :

-les problèmes que l’on trouvait déjà chez Lamarck (problème des droits du vivant)

-de plus, si l’humain n’est qu’une extension de l’animal (une de ses évolutions possibles), peut-on les ramener l’un à l’autre de nouveau ?

Exemple : les chimères génétiques. Le fait que l’homme découle de l’animal nous permet-il librement de choisir d’exploiter cette parenté pour hybrider l’homme et l’animal ?

 

La biologie contemporaine.


            Après avoir subi un mouvement de réunion des différentes disciplines du vivant, la biologie moderne voit de nouveau ses champs de connaissance se spécifier de plus en plus en se différenciant.

Cette différenciation apporte de nouvelles connaissances pour permettre de mieux cerner ce qu’est la vie (en réduisant de plus en plus le cadre des événements parasites, qui ne concernent pas réellement la vie, mais qui l’accompagnent), mais également en multipliant les problèmes qui lui sont associés.

En effet, si la vie est une simple mécanique, alors l’homme pourra être en mesure de la reproduire, mais également de la modifier. S’il n’y a dans le vivant qu’un simple jeu mécanique, quel limite éthique l’homme doit-il donner à son utilisation de sa connaissance ?

Si Dieu est à l’origine de la vie, alors la manipulation de cette vie devient un blasphème, et donc la barrière morale est facile à placer. Mais si la vie n’est qu’une heureuse organisation de matière, pourquoi l’homme ne pourrait-il pas rendre cette organisation encore plus harmonieuse ? (eugénisme, sélection prénatale, thérapie génique, etc.)

La conception que l’homme se fait du vivant dicte directement les limites qu’il s’imposera par rapport à ce vivant.

 

II)La formation du vivant

           
            A)Les théories fixistes du vivant


            Les naturalistes ont cherché à comprendre des points qui semblaient constants chez tous les êtres vivants :

-la capacité d’évoluer (non pas en tant qu’espèce, mais en tant qu’individu)

-la capacité à se nourrir

-la capacité à se reproduire (cette dernière étant en partie remise en cause par le principe de génération spontanée, cf. la recette de Van Helmont pour créer une souris).

C’est à partir de l’identité de ces caractères que les naturalistes établirent des classifications des différentes formes de vivant (selon les capacités détenues ou non).

Ainsi, le travail de Cuvier (18ème siècle) notamment a permis l’établissement de tableau indiquant les rapports entre les différentes espèces. Ce travail de classification des espèces présente un premier intérêt, puisqu’en observant les organes et leur fonction dans une espèce, Cuvier se rendit compte de l’identité des différents organes chez les différentes espèces. De cette identité de formes, il en déduisit une identité de fonction, ce qu’il appela la loi de la corrélation des formes.

Grâce à cette loi, le naturaliste fût capable de reconstruire la mécanique générale d’un être vivant en ne partant de l’étude que de quelques-uns uns de ses organes.

Cette étude présente un intérêt, puisqu’en découvrant des restes de certains organismes fossilisés, Cuvier fût capable de reconstruire l’organisme en entier (ou tout du moins d’en faire une extrapolation) et de découvrir l’existence d’espèces qui n’existaient déjà plus à son époque. Si au départ les fossiles découverts ne possédaient pas une taille importante, la découverte de grands organismes disparus devint problématique.

De cette découverte découla une opposition au dogme de la religion : si Dieu a créé l’ensemble des êtres qui existent, comment a-t-il pu accepter de voir certaines de ses créations disparaître ?

Ces découvertes serviront de bases aux théories évolutionnistes, mais ce n’est pas la théorie que Cuvier élabora. Il resta en effet attaché à la théorie d’une création des espèces dans leur forme finalisée, mais s’éloigna en partie des thèses religieuses : c’est la naissance du catastrophisme.

Ainsi, si des espèces avaient disparu, on en trouvait une explication dans les textes religieux, comme le déluge et l’arche de Noé (le problème qui se pose alors est de savoir pourquoi des espèces marines auraient pu disparaître dans une augmentation du niveau des eaux).

C’est en généralisant ce type de catastrophes naturelles que Cuvier explique la disparition de certaines espèces. Il faut voir que cette théorie de Cuvier est le paradigme scientifique de l’époque, et ce pour 2 raisons :

-tout d’abord, la théorie de Cuvier se base sur une stricte étude des faits, et la simple mise en rapport des faits les uns avec les autres. A l’inverse, les thèses évolutionnistes auxquelles il s’opposait se basaient sur des faits apparemment plus discutables

-de plus, Cuvier, de par sa position de secrétaire de l’académie des sciences, pouvait discréditer les thèses qui s’opposaient à la sienne (en les caricaturant devant le reste de la communauté intellectuelle, ou en leur refusant l’accès aux données)

Néanmoins, cette théorie se retrouva face au développement de plus en plus important des thèses transformistes et évolutionnistes, qui finirent par l’emporter.

 
         B)L’émergence du transformisme.


            Le type d’explication proposait par Cuvier pose cependant de nombreux problèmes. Elle se base non seulement sur des catastrophes dont on ne retrouve de traces que dans les textes religieux, ce qui semble contradictoire avec l’esprit scientifique mis en avant par Cuvier.

Ensuite, les scientifiques de l’époque avaient déjà remarqué les correspondances qu’il existait entre le milieu de vie des espèces et leurs caractéristiques.

Dès lors, il était accepté à l’époque que chaque espèce est adaptée au milieu dans lequel elle vit. Le problème est alors de comprendre comment cette adaptation est possible si les espèces n’ont pas évolué alors que le milieu a lui évolué (ce sont notamment les travaux de Cuvier sur les strates géologiques, et son procédé de datation des couches géologiques qui ont permis de mettre à jour ces évolutions du milieu).

Or cette adaptation du milieu est la condition sine qua non de la survie de ces espèces, si bien que si le milieu a évolué, alors les espèces ont également dû changer pour continuer à survivre.

En 1790, Lamarck, qui deviendra le créateur de la théorie transformiste, se voit offrir une opportunité grâce à la mort de l’un de ses amis. En effet, à l’époque Cuvier fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher les partisans du transformisme et de l’évolutionnisme d’accéder à des données de terrain. Or, Lamarck deviendra à l’occasion de cette mort le nouveau directeur d’un musée d’histoire naturelle, qui lui permettra d’accéder aux ressources nécessaires pour établir ses théories (caractère hasardeux de la connaissance scientifique).

Or, en observant les différentes familles animales (disparues comme présentes), Lamarck remarqua l’analogie de formes entre de nombreuses espèces actuelles et des espèces à présent disparues.

De plus, en observant les espèces et les milieux dans lesquels elles vivaient, il finit par observer des similitudes entre leur milieu de vie et leurs caractéristiques. De ces similitudes, il finit par en établir 2 lois : « l’usage crée l’organe », c’est-à-dire qu’une espèce ne développe une caractéristique que parce qu’elle est nécessaire à sa survie et ses transformations se transmettent à la descendance.

Exemple : les girafes, qui vivent dans un milieu dans lequel les végétations basses étaient très rares, et qui ont fini par développer des pattes avant plus courtes et un long cou.

Or, en mettant en corrélation l’évolution du milieu et les « nouvelles » espèces apparues, ainsi que les similitudes entre nouvelles et anciennes espèces, Lamarck se rendit compte qu’il ne s’agissait pas de nouvelles espèces, mais des anciennes qui s’étaient transformées.

L’intérêt de la théorie transformiste est qu’elle évacue du vivant tout rapport au divin, puisque la vie actuelle trouve son origine dans d’anciennes formes de vie, qui justifient leur forme par la simple nécessité de survie.

Le problème de la théorie de Lamarck est qu’elle ne fixe pas encore les règles qui définissent précisément les changements de caractéristiques. Cette imprécision dans les mécanismes de transformation conduirent à de mauvaises interprétations de sa règle de l’usage (notamment le fait de croire que la transformation était dictée par la volonté de l’animal).

C’est notamment à partir du transformisme que se développa la tératologie (la science des monstres) de Saint-Hilaire.

Si ces dérives furent gênantes quant à leur conclusion, elles permirent néanmoins de sortir la biologie de l’obscurantisme de l’explication religieuse, notamment en ne faisant plus des aberrations génétiques des fruits du démon, mais des objets d’étude intéressant car leur transformation ne présentant pas d’intérêt vis-à-vis de leur survie, elle impliquait un mécanisme différent des lois découvertes par Lamarck.

 
         C)La découverte de l’évolutionnisme.


            La théorie de Darwin s’établit sur la base d’un constat : tous les représentants d’une même espèce sont différents les uns des autres. Ce constat, c’est au travers de ses voyages que Darwin le fera et ce qui l’amènera à sa thèse principale : seules les individus les plus adaptés survivent à leur milieu.

Ainsi, la théorie de Darwin s’appuie sur les points suivants :

-l’évolution est un processus lent, qui demande des millions d’années pour s’accomplir.

-cette évolution se fait par sélection naturelle (par survie et reproduction, ce qui implique les notions de dominant/récessif)

Exemple de sélection par la reproduction : un individu donné, même s’il possède des caractéristiques génétiques intéressantes pour l’espèce, ne sera pas choisi s’il n’est pas attirant pour le sexe opposé et donc ne transmettra pas ses caractères. Origine de la queue du paon.

-toutes les formes de vie actuelles découlent d’une seule et même origine, et se distinguent les unes des autres par un processus de spéciation.

La spéciation est le passage d’individus qui peuvent se reproduire entre eux à des individus qui ne peuvent plus se reproduire entre eux (formant ainsi 2 espèces séparées).

Il existe 2 types de spéciation :

-la spéciation allopatrique, qui explique le changement des possibilités de reproduction par un isolement territorial. Elle se décline en 3 formes différentes : vicariante (barrière naturelle qui vient isoler 2 groupes d’individus), péripatrique (départ d’un groupe d’individus vers un autre milieu, qui les éloigne de la population initiale) et parapatrique (population qui ne sont pas totalement isolées, du fait de frontières communes, mais qui ont des conditions de vie totalement différentes du fait de l’environnement).

-spéciation sympatrique, pour laquelle il n’y a pas d’isolement particulier, mais simple mutation d’une partie de la population, qui finit par reproduction par s’éloigner de la lignée originelle.

Bien que fortement décriées à son époque (Freud en parlera même comme étant la 2nde blessure narcissique de l’humanité), les théories de Darwin n’en ont pas moins finies par s’imposer, notamment grâce à 2 points :

-tout d’abord leur fécondité intellectuelle, puisque contrairement aux thèses de Lamarck, celle de Darwin ont permis le développement de la génétique (pour la recherche de ce qui supporte la mutation).

-Mais surtout car elles évacuent un problème que la science du 19ème/20ème siècle a totalement délaissé : la question du pourquoi, de la finalité du vivant, pour n’en comprendre que la mécanique et l’origine.

Ainsi, au sein même des théories sur le vivant, on peut remarquer le courant positiviste qui viendra traverser la science, laissant de côté la finalité des phénomènes pour en s’intéresser qu’aux causes qui les déterminent.

Mais c’est simplement à partir du 19ème siècle avec Mendel que les mécanismes de l’hérédité seront réellement mis à jour.

 

Ainsi, l’ensemble des théories biologiques sur le vivant montre une évolution du regard de l’homme sur le monde, non seulement son environnement mais également lui-même. Après avoir placé l’explication du vivant dans un extérieur inaccessible, l’homme a petit à petit rapproché les mécanismes du vivant d’un point qui lui soit accessible, lui permettant alors de « devenir comme maître et possesseur de la nature ». Cependant, cette main-mise de l’homme de plus en plus importante sur son environnement pose à présent le problème des barrières éthiques suscitées par ces connaissances.

 

III)Le sens de la vie

          
            Ainsi, au travers de l’évolution de ses conceptions sur le vivant, la biologie a amené de nouveaux problèmes. En effet, dans le cadre d’une création divine, la vie de chaque espèce possédait une finalité particulière, celle de servir Dieu. Or, en retirant l’explication divine, la biologie a-t-elle pour autant enlever l’idée de finalité du vivant ?

D’après les lois de Darwin, chaque être vivant semble poursuivre un but commun, celui de la survie. Or, il peut sembler étonnant que tous ces organismes, qui recherchent tous la survie, se soient développés en se complexifiant, ce qui semble augmenter par là-même les risques de mal fonctionnement.

Exemple : le corps humain est un équilibre délicat, dans lequel le moindre bouleversement peut aboutir à la disparition générale de l’organisme.

De plus, si le vivant est composé d’un ensemble de vivants différents (par exemple, les mitochondries qui possèdent une vie propre, car si l’identité se définit par l’identité génétique, les mitochondries sont alors des organismes étrangers), leur sacrifice individuel pour la survie de l’organisme semble contredire l’idée d’un instinct de survie (ou tout du moins pose le problème de son niveau de localisation)

Exemple : le suicide cellulaire ou apoptose, qui est un mécanisme non seulement de formation de l’organisme, mais également un mécanisme de survie. C’est notamment un mécanisme qui est mis en jeu dans la lutte contre le cancer au niveau cellulaire.

Dès lors, le problème est de savoir vers quelle direction le vivant se dirige-t-il ?

En effet, cette question est accréditée par le fait que si les lois de la biologie suivent des règles simplement mécaniques (lois de combinaisons des gènes, de brassage génétique, d’adéquation au milieu, etc.), alors ces lois peuvent être considérées comme des causes, qui nous interroge alors sur la question de la fin, c’est-à-dire de leurs effets.

Une première possibilité de réponse serait de dire que la finalité du vivant est tout simplement le vivant dans l’état dans lequel il se trouve actuellement.

Or, si nous considérons être la finalité de l’évolution (outre des problèmes au niveau de l’ego), cela signifie que nous sommes le dernier stade d’évolution possible et que la vie n’a évolué au cours des siècles que pour produire l’écosystème tel qu’il est actuellement.

Nous ne pouvons cependant pas considérer que notre étape est la dernière étape de l’échelle de l’évolution, car les mécanismes qui ont fait évoluer les anciennes espèces sont encore présent actuellement (principe de mutation génétique spontanée ou influencée par le milieu).

Quelle est la finalité que poursuit l’évolution des espèces ? L’étude microscopique (ontogénétique) n’est pas suffisante ici, car elle n’explique pas la possibilité de transmission aux générations postérieures. Ce n’est qu’au travers d’une étude macroscopique (au niveau des espèces), qu’il est possible d’observer une finalité, si finalité il y a.

Est-il possible qu’au sein d’un phénomène défini par des lois strictement déterministes il existe une part de contingence ?

C’est au travers de la nécessité de trouver une réponse à ce problème que se développe la téléonomie (téléo :fin, nomos : la loi), notamment celui de J. Monod (1965), qui dépasse le problème de la finalité en le replaçant dans un cadre relatif.

Ainsi, en citant Démocrite « tout ce qui existe est le fruit du hasard et de la nécessité », c’est-à-dire que pour éviter d’avoir à répondre à ce problème de finalité, il suffit de donner des buts relatifs au vivant, but qui pourrait se définir comme survivre et se reproduire, but qui serait transmis d’une génération à une autre et qui formerait donc le projet final du vivant : se perpétuer dans le temps. Dans l’optique de la téléonomie de J. Monod, on ne parle cependant plus de finalisme, car dans ce cas la fin n’est pas ce qui décide de la cause, mais à l’inverse c’est la cause qui décide de la fin.

Il s’agit donc plus ici d’une conception déterministe du vivant (notamment par sa découverte de l’ARN messager, qui montre comment l’ADN est capable d’avoir une action sur les protéines).

Mais si les causes définissent la direction dans laquelle le vivant va se déployer, peut-on imaginer un but vers lequel ce dernier se dirigerait?

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Publié dans notions complètes

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