Le Ménon: présentation de l'oeuvre

Publié le par Bartholomeus

Contexte de l’œuvre

 

            Le « Ménon » est une œuvre remarquable à plus d’un titre dans l’œuvre de Platon. En effet, il s’agit de la première œuvre dans laquelle le personnage principal de Platon, Socrate, exprime moins les pensées du Socrate historique que les pensées propres de Platon. Le « Ménon » constitue en effet l’œuvre pivot entre la période des œuvres socratiques de Platon (dans laquelle Platon exprimait avant tout les idées de Socrate au travers de ses dialogues) à une période platonicienne.

Ainsi, contrairement aux dialogues antérieurs, le « Ménon » ne se contente pas d’une critique des thèses de ses opposants par Socrate, il s’agit de la première œuvre dans laquelle le personnage Socrate affirme des thèses (thèses sur la nature de la connaissance notamment).

Ainsi, c’est dans le « Ménon » que l’on va trouver la première ébauche de la théorie de la connaissance et de la réminiscence de Platon.

Outre cet aspect remarquable au travers du changement dans les propos du personnage Socrate, le « Ménon » est également remarquable à cause du choix des personnages mis en jeu.


Les personnages

            Ménon

 

            Si Socrate est toujours présent, le choix de Ménon en tant que son interlocuteur est plutôt étonnant. En effet, le Ménon historique semble assez mal se prêter à un dialogue sur la vertu. Il est en effet présenté par différentes sources comme un homme de peu de moral, prêt à tout pour arriver à ses fins, se vantant de ses mensonges et ses manipulations.

Le portrait que nous en dresse Platon semble assez différent de ce qu’était le véritable Ménon.

Cependant, ce choix trouve sa légitimité pour plusieurs raisons :

 

-tout d’abord, le Ménon présenté par Platon n’est pas si éloigné du Ménon historique, puisqu’à de nombreuses reprises, le personnage témoignera de l’impatience et de l’agressivité qui caractérisaient le véritable Ménon. Cet agressivité se voit notamment au travers de la comparaison faite par Ménon entre Socrate et une raie-torpille (et un sorcier). De même, le personnage Socrate ne manque pas de souligner les aspects déplaisants de Ménon (« insolent », « fier de sa beauté », « plein de vanité », etc.)

 

-de plus, le personnage de Ménon est transformé au cours du dialogue. Du personnage arrogant qu’il était au début de l’œuvre, Ménon semble se transformer au fur et à mesure de l’œuvre au contact de Socrate, comme si la vertu que professait Socrate avait fini par transformé le personnage de Ménon.

 

-de plus, si le personnage de Ménon est vil et représente l’inverse de ce qu’on peut attendre d’un personnage vertueux, n’est-il pas en même temps le mieux placé pour recevoir un enseignement sur la vertu, car si cet enseignement marche sur lui, alors il devrait fonctionner sur tout homme (car Ménon peut être considéré comme l’un des pires).

 

-enfin, Ménon est un homme plein de ressources, c’est-à-dire qu’il possède tout ce qui semble nécessaire pour rendre l’homme heureux, pour que l’homme atteigne ce que les grecs appellent l’eudaimonia (richesses, réussite politique, etc.). Malgré tout, Ménon ne rencontra dans son existence que l’échec, si bien que par le choix de ce personnage, Platon montre la nécessité de changer la conception de la vertu telle qu’elle était envisagée par la société grecque (comme réussite civile et politique, l’areté), pour une nouvelle, puisque celle-ci n’est plus en mesure d’assurer le bonheur de l’homme.

 

 

Le personnage de Ménon, par son opposition apparente au propos même du discours, semble au contraire y correspondre parfaitement.

            Anytos

 

            Le choix de ce second personnage est tout aussi étonnant que celui du personnage de Ménon, puisque Anytos est l’un des responsables du procès qui conduisit Socrate à boire la sigue.

Cependant, si on observe son rôle dans le « Ménon », il est possible de comprendre le choix fit par Platon pour ce personnage.

En effet, dans le dialogue, Anytos intervient pour montrer que la vertu peut s’enseigner par l’exemple, notamment l’exemple des pères sur leur fils. Or, dans la réalité, Socrate et Anytos eurent un différent à propos du fils d’Anytos, quand Socrate affirma que celui-ci deviendrait un homme de bien s’il était pris en main, et serait corrompu s’il était laissé à lui-même. Or, le fils d’Anytos finit par devenir ivrogne, discréditant ainsi son père qui n’avait pas réussi à l’éduquer alors qu’il avait été prévenu.

Outre cet incident, Anytos se présente comme l’exact inverse de Ménon, puisque Ménon représente la jeunesse intellectuelle alors qu’Anytos représente le conformisme anti-intellectuel.

 

            Le serviteur

Son rôle est assez anecdotique, mais le choix de ce personnage n’est pas fortuit. En effet, il présente le cobaye idéal pour l’expérience que veut tenter Socrate, puisqu’il s’agit d’un esprit vierge de connaissances, mais qui possède toutes les capacités d’un homme adulte. Ainsi, il se présente comme le sujet idéal de la réminiscence, car on ne peut suspecter le serviteur d’avoir reçu un quelconque enseignement mathématiques, ce qui accrédite la thèse selon laquelle ses découvertes mathématiques ne peuvent que découler d’une réminiscence.

 

Le propos de l’œuvre

Si le « Ménon » se présente au début comme une réflexion sur la vertu, le propos de l’œuvre se déplace assez rapidement (en grande partie à cause de l’impatience de Ménon), se décalant ainsi sur la possibilité d’enseigner cette vertu, et enfin sur une réflexion sur la nature de la connaissance en général.

 

 

La structure de l’œuvre

 

I)La définition de la vertu

            A)1ère réponse de Ménon : la vertu diffère selon l’individu

            B)2ème réponse de Ménon : la vertu est la capacité à commander les hommes

            C)Modèle de définition de Socrate : définition de la figure et de la couleur

            D)3ème réponse de Ménon :la vertu est désir des belles choses et capacité à se les procurer

 


Transition : la comparaison par Ménon entre Socrate et une raie-torpille

 

 

II)La possibilité de connaissance

            A)L’argument de Ménon : on ne peut chercher ce qu’on ne connaît pas.

            B)L’hypothèse de la réminiscence

            C)L’expérience du serviteur : la vérification de la réminiscence

 


Transition : le passage de la nature de la vertu à son possible enseignement

 

 

III)Réflexion à partir d’une hypothèse sur l’enseignement de la vertu

            A)Recherche de facto : y a-t-il des maîtres et des élèves en vertu ?

            B)Distinction entre connaissance et opinion droite

           


Conclusion prophétique de l’œuvre.

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